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Ce ne sont pourtant pas les mots qui m’ont manqué pour dire ou écrire ce que j’exprime aujourd’hui à travers ces photographies. Mais c’était juste une écoute, comme si tout ce que j’avais transmis, était rédigé sur du papier pelure. C’est laid et ça pue. Alors cette fois, j’opte pour un autre support, beau et sans piqué. Un support sur lequel sont tracées des images brutes, qui transportent par leur simple façon d’enregistrement du réel, de l’évidence et de vérité. Peut-être banales mais qui ne font que témoigner de l’itinéraire et du quotidien de quelqu’un qui a choisi le déracinement malgré lui. Soucieux pour son avenir, il est victime comme tant d’autres d’un système très répressif établi par une oligarchie sans aucun scrupule. Sans savoir vraiment où aller, le temps d’une escapade, ou pour toujours il quitte les siens, s’enfuit le plus loin possible, heureux qu’il soit toujours en vie et persuadé qu’un monde meilleur lui ouvrira ses portes. Mais, hélas ! le bout du tunnel est loin d’être dépassé, il se retrouve à la croisée des chemins sans pouvoir trouver sa voie. Peurs et angoisses montent à flots pressé comme les vapeurs d’ivresse dans le cerveau. Autrefois, quand un coup me frappait, le réflexe était d’appeler. Aujourd’hui il faut une bonne cuirasse pour en encaisser d’autres. On traverse ainsi les pires instants de notre vie. Effrayé, humilié, trahi, détesté, banni, exclu, isolé… sans lueur d’une échappatoire, on s’exile, comme la bête fauve blessée cherche un abri pour exhaler son souffle, dans une affreuse solitude, une solitude quasi-monacale, emprunte de mélancolie, accablé par le sentiment profond de l’inutilité des efforts menés jusqu’alors. À maintes reprises j’ai cru avoir été blessé comme jamais aucune personne ne l’avait été. Des blessures longues à cicatriser et qui se rouvrent rien qu’en les évoquant. Aujourd’hui, comme un malade souffrant qui, ne voyant pas venir vite sa guérison se réconcilie avec ses douleurs de façon à endurer le moins possible et qui cependant, se résoud à chercher le remède à son poison, jusqu’à ce qu’il le trouve. Grâce aux soutiens dont je dispose, à l’occasion pour laquelle j’écris ces lignes et au fonds de motivation qui me tient encore en haleine, je remets en cause le lamento. Ainsi je peux dire tout haut ce que j’ai pensé longtemps tout bas et ne vitupérer personne, sauf peut-être le destin. Il faut bien un jour ouvrir la porte d’ombre, s’avancer vers le premier degré, chercher une lumière pour se reconnaître dans les ténèbres si anciennes que la chair humiliée en a déjà l’habitude (Michel Serres) Rabah Guendouze |
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