« Chaque fois que vous passez dans ma vie, avec vos boîtes magiques, il en résulte pour moi une nouvelle raison de croire en Art  que je tenais, jusqu’à vous, pour un compromis fâcheux entre le commerce de l’image et l’intempérance du noir et du blanc.

           » Il est difficile pour un photographe de prétendre à l’originalité quand son originalité, pour l’entendement commun consiste à se servir des derniers appareils, de la plus récente cellule, de la pellicule la plus fidèle, du papier au grain le plus sobre et de la dernière soie… 

           »Votre appareil à vous est dans votre poésie. Vous êtes un artiste, et les techniques que vous employez restent un moyen de s’exprimer alors que, dans d’autres mains, trop souvent, elles ont la pâleur de l’artifice et l’incroyable démangeaison des conquêtes publicitaires.

           » Dans vos photographies, il passe quelque chose « en plus », ce que les Italiens appellent le non so che, la dernière auberge des critiques et des experts désarmés.

           » Permettez moi de vous remercier et de vous féliciter pour être l’homme avant le déclic, pour être le vol avant l’oiseau qui doit forcément sortir de vos boîtes amicales.

          »Bien à vous. » 

                                                           Extraits d’une lettre de Léo Ferré à Hubert A Grooteclaes.

         Qui n’aimera pas que ces paroles lui soient pas adressées ? Encore venant de Ferré. Elles donnent des ailes au cœur  qui les entende. Elles me plaisent autant que celui à qui elles sot destinées ; et c’est pour cette raison que je les transcrive ici.

         Je n’ai jusqu’à présent fait que du noir et blanc, et sans doute je continuerai toujours, car j’aime trop. C’est les couleurs et les tons qui correspondent à mes états d’âmes. Comme je travail encore en argentique, j’aime me retrouver seul dans le noir à me stresser, à attendre comme c’est mon cas toujours dans la vie, à compter les secondes puis les minutes, pour enfin voir l’apparition de mon stress sur le film.

        Certaines photos, sont presque sales. Elles le sont plutôt. C’est à cause de la mauvaise conservation des négatifs. J’avais pensé à les laver (les négatifs bien sur) ou à dépoussiérer les images sur photoshop, mais j’ai préféré les laisser telles qu’elles sont, avec leurs rides ; c’est un témoignage de leurs vieillesses et de la mienne. Elles sont prises avec un reflexe argentique, MINOLTA srT200, un appareil des années soixante, avec un objectif 50 mm. Mais la plupart des portraits sont réalisés avec un 135mm. J’utilise le film Ilford HP5, et Kodak  T max, que je développe, scanne et numérise après.

       Ce reportage que j’ai appelé « déracine et désert » fait état d’une exposition le vendredi 22 de ce mois, jour du vernissage au centre régional de la photographie (CRP) Nord- pas de calais, Douchy-les- mines, qui se tiendra jusqu’au 5 novembre. Toutes les photos sont prises avec le même appareil, entre 1993 et 2005. C’est une histoire que je voulais raconter. La mienne d’abord, puis celles de mes semblables. Et comme ça m’est difficile d’en parler avec les mots, et sans doute, ne serai je jamais compris, j’ai opté pour ce support en associant le subjectivisme (paysages), le formalisme (contrastes d’ombre et de lumière) et le réalisme (portraits) pour en arriver à quelque chose de très objectif. Ai-je réussi ? Lisez bien les photos.

       Je ferai un clin d’œil très cordial  à  Calliope, une Muse pas comme les autres qui n’a pas lésiné dans son éloquence, pour m’adresser de chaleureux encouragements et des gentils petits mots qui m’ont tellement ému, que je vais lui dire encore un grand MERCI.